John Holker Jr

John Holker Jr est né à Manchester (Angleterre) en 1745. Il suit son père dans son exil jusqu'à Rouen. Il travaille avec lui dans les manufactures de velours et de coton [1,2,3] en se dirigeant plus spécialement sur l'étude des colorants tinctoriaux et produits chimiques. Il fait des tournées d'inspection en France avec son père, alors Inspecteur Général des Manufactures Royales. Il obtient en 1768 la survivance de cette charge à son profit..
Il épouse le 25 avril 1769 à Rouen, Elisabeth Julie Quesnel, fille de Nicolas Quesnel, ancien Prieur et Juge consul de Rouen.
A partir de 1770, il fait des voyages en Angleterre pour en ramener de nouveaux ouvriers et de nouvelles machines. Il parvient à ramener en 1771 une "jenny", machine à tisser le coton, qui sera reproduite en série par une manufacture de son père et contribuera ainsi à la modernisation de l'industrie textile en France.
Les raisons de son départ pour les Etats-Unis sont mal connues. Une lettre de l'un de ses descendants précise qu'il avait secrétement été envoyé aux Etats-Unis par Vergennes en 1777 [4]. Il aurait été chargé d'enquéter sur la probabilité de succès d'un engagement militaire de la France contre l'Angleterre et ses conclusions favorables auraient permis le traité franco-américain [6] ou d'un plan de pénétration économique du nouveau-monde conçu par Choiseul pour le profit des exportations Françaises [1, p119]
La famille Holker était déjà fournisseur des commissionnaires Américains à Paris, en août 1777 Franklin et Deane avaient autorisé Sabbatier et Desprez à traiter avec M. Holker (père ou fils ?) pour 500 manteaux [5e vol 2 p372]
Sa première apparition officielle retracée sur le sol américain date de juin 1778 à Yorktown [5][5e vol2 p626-627]. Il se présente au "Comitee for foreign affairs" sans lettre de mission autenthifiable par le Congrès, en déclarant avoir un message verbal de Vergennes. Selon ce dernier, Holker l'avait simplement prévenu de son voyage en Amérique et qu'il le renseignerait sur "l'état des choses et l'humeur des gens".
Malgrè les doutes qui pèsent sur lui, le premier contrat avec le "Comitee of commerce" est autorisé par le Congrès le 9 juillet 1778 pour l'achat de chapeaux, couvertures et chaussures.
Sa situation est régularisée par l'ambassadeur de France aux U.S.A. Gérard qui annonce au Congrès le 15 juillet 1778 [5a] sa nomination en tant que "Agent to the Royal marine of France in all the ports belonging to the United States" ainsi que "Consul of France in the port of Philadelphia", nomination reçue par le president du Congrès Henry Laurens le 23 juillet [5b] [5d vol 11p713][5 John Jay à Joseph reed, datée du 22 aout 1779]


A celà, il cumule la cumule la fonction de représentant commercial de Jacques Donatien Leray de Chaumont, lequel favorisait déjà l'armée Française aux U.S.A. et servait de banquier aux comissionnaires américains à Paris.
Il se fait chaudement recommander par Robert Morris auprès des membres du Congrès [5, morris to Hancock, 18 sepptembre 1778] ce qui l'introduit dans la haute société politique. La correspondance fournie entre Holker et Morris [5] nous renseigne sur la nature de ses approvisionnements pour les bâtiments de l'escadre Française du Cte d'Estaing basée aux antilles : importation de sel français, achat de farine américaine, pain, boeuf, porc, "pulse", biscuit, "bisket", harengs... (cf le tableau d'expeditions retrouvé dans le dépot [4]

Il approvisionne de même la "Continental Army" [8, 9, 5a, 11, 14], notamment en uniformes fabriqués en France [5e vol2 et 3] sans toujours être payé [5e vol5 p228]
Holker sert également d'agent de change (livres Françaises contre dollar US) pour le "Comitee of commerce".
La question des pouvoirs des consulats étrangers dans les ports US est soulevée par le massachussets en mars 1779 mais n'est tranchée par le Congrès qu'en 1782. Entre temps, un flou juridique permet de mêler les affaires commerciales privées avec celles pour la mission de l'état, ce qui permet à Holket de s'associer avec Morris et Turnbull pour fonder au printemps 1780 la "William Turnbull and Co" [5,8]. Les activités sont diverses et ont laissé des traces dans l'histoire économique locale (hauts-fourneaux [13]...)
En juin 1779, le Congrès a des doutes sur la destination des expéditions et le contenu partiellement privé des navires affrétés par Holker. Holker sera blanchi par le Congrès le 4 août 1779.
Les conséquences des achats américains sur le taux de change du dollar inquiète les responsables américains qui en discutent avec Holker [5][5d vol 13]. La pression exercée sur les prix de la nourriture par les approvisionnements réalisés dans les états du centre alimentent un mouvement populaire à Philadelphie en faveur d'une régulation des prix et un embargo sur les exportations. En janvier 1780, suite à une hausse des prix hivernale et à un risque de pénurie, le Maryland permet la saisie de farine et céréales déjà achetées par les agents de Holker, pour empècher leur sortie du territoire. Cet état fera par la suite marche arrière et s'en expliquera par le besoin d'approvisionner l'armée continentale et les rumeurs de ponction excedentaire effectuées par les agents de Holker, ou par des personnes se prévalant de ce titre.
Une correspondance diplomatique de John Holker avec Georges Washington apparaît dans les archives de ce dernier en 1779 [7]. Il y est aussi question de l'achat de chevaux pour l'armée de Rochambeau et d'une visite sur le champ de bataille de Saratoga.
Il loue 1779 la maison (aujourd'hui disparue) connue sous le nom de "President's house in Philadelphia", célèbre pour avoir été celle de Richard Penn de 1772 à 1775 et ensuite la résidence de George Washington de 1790 à 1797. Il n'y habite pas longtemps puisque c'est pendant cette location que la maison subit un incendie, le 2 janvier 1780 [9,10]. Après l'incendie, les ruines (il ne restais que le rez-de-chaussée) ont été rachetées par son associé Robert Morris [10] qui l'a fait reconstruire. Holker s'installe alors dans Arch Street, dans une autre maison confisquée à des partisans des Anglais [10]
Il est nommé le 10 septembre 1781 [5c] par C.A. de la Luzerne Consul Général pour les états de Pennsylvanie, du Delaware, du New-Jersey et de New-York à la résidence de Philadelphie. La reconaissance par le Congrès de cette nomination est datée du même jour [5, McKean to Certain states datée du 12 septembre 1781)]
Il ne jouit pas longtemps de cette charge. Des plaintes sur ses activités financières conduisirent le ministère des affaires étrangères à lui demander de choisir entre ses charges officielles et ses activités commerciales, leur cumul étant théoriquement interdit [8]. Il perd le soutien de Vergennes remplacé au ministère par de Castres et démissionne fin septembre 1781. Il continue à diriger ses diverses affaires américaines : approvisionnement des troupes, spéculation sur les terrains à l'Ouest, billets de banque, fonderies à Pittsburgh, distilleries, scieries et salineries [8]. Il est considéré comme "more extensively engaged in merchandise than any man of his day in the U.S.", partenaire de firmes à Boston, Philadelphie, Baltimore, Richmond et touche également au commerce de la fourrure [12].
Après la guerre d'Indépendance il s'établit à Springsbury (Comté de Clarke, Nord-Ouest de la Virginie, à env 100 Km à l'Ouest de Washington) où il achete une exploitation agricole. Il fait un bref retour en France [8] où il est séparé de biens d'avec sa femme Marguerite Elisabeth Julie Quesnel dont il avait un fils unique Jean-Louis.
Il se marie 2 fois aux Etats-Unis et y laisse une postérité qui se continue de nos jours.
En 1799, les mauvaises relations franco-américaines le privent de l'arrivée d'argent attendu de France, ce qui le plonge dans des difficultés financières [6]. Il avait déjà hypothéqué ses terres du comté de Fredericks en 1795. le "U.S. Treasury books" lui devait 470 00 $ qui n'ont jamais été payés, il avait également une créance de 54 000 $ de son associé Parker de Boston, qui avait fui le pays avec l'argent [12].
Ces difficultés financières, ainsi que l'existence de ses nouveaux foyers américains, ne plaident pas en sa faveur auprès de sa famille Française et ce personnage n'y a pas joui pendant longtemps d'une bonne réputation. Il faut cependant croire qu'il avait pu reconstituer une partie de sa fortune puisque ses descendants français, après l'avoir négligé, tenteront en vain de récupérer une partie de son héritage [3]. Le contentieux financier avec l'état Américain durera cependant bien après son décès [15]
Il meurt à Springsburg le 13 avril 1822 et y est d'abord enterré, avant que ses cendres soient transférées au cimetierre de Old Chapel.
Sources et Bibliographie
[1] "John Holker, manufacturier et grand fonctionnaire en France au XVIIIéme siècle, 1719-1786" par André Rémond, Bibliothèque d'Histoire Economique, Librairie marcel Rivière et Cie, Paris, 1946
[2] "Etudes d'histoire économique, tome III, Holker - Guillibaud et Morris (1752-1791) Manufacture Royale de velours et draps de coto, de Rouen, manufacture d'apprèts à la manière Anglaise" par Pierre Dardel, édité par la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure, Imprimerie Lainé à Rouen, 1942
[3] "Une famille française du XIVème au XXème siècle, Etude sur les conditions sociales, la vie et les alliances des Terrasson de Senevas", tome II, par le Baron de Senevas, Paris imprimerie J. Dumoulin, 1939
[4] Notice du dépot de Prosper Holker, son petit-fils, aux archives de la marine à Vincennes, Fonds 43GG2
[5] Correspondance des membres du Congrès, 1774-1789, The Modern English Collection at the University of Virginia Electronic Text Center, http://etext.lib.virginia.edu
Voir également les sources redondantes
[5a] The papers of John Jay, lettre à Reed du 22 aout 1779 et lettre à Gérard du 3 aout 1779, http://www.columbia.edu/cu/libraries/inside/working/jay/archive
[5b] Virtual American Biographies, Henry Laurens, http://www.famousamericans.net/henrylaurens/
[5c] The diplomatic correspondence of the American Révolution, edited by Jared Sparks, vol XI, Boston Nathan Hale and Gray and Bowen, 1830, correspondance de C.A. de la Luzerne
[5d] Journal of Continental Congress, vol 11, 13, 14, 16, 17, 18 (Library of Congress)
[5e] The Revolutionnary Diplomatic Correspondence, vol 2, 3, 4, 5, 6 (Library of Congress)
[6] Proceedings of Clarke County historical association, vol XI
[7] Lettres de Georges Washington à John Holker, site Electronic Text Center, Univesity of Virginia Library, http://etext.lib.virginia.edu
[8] Notice des archives "John Holker papers", William L. Clements Library, The University of Michigan, http://www.clements.umich.edu/Webguides/Arlenes/HK/Holker.html
[9] America's most historic Highway, p 178, http://www.libraries.psu.edu/do/digitalbookshelf/28780861/28780861_part_09.pdf
[10] a brief history of the President's House in Philadelphia, http://www.ushistory.org/presidentshouse/history/briefhistory.htm et http://www.ushistory.org/presidentshouse/controversy/study.htm p42-43
source redondante [10b] Historic ressource study, Independance Mall, the 18th Century devlopment, block One, Chesnut to Market, fifth to sixth street, par Anna Coxe Toogood, cultural ressource management, independance national historical park, Independance Hall association, http://www.ushistory.org/presidentshouse/controversy.study.htm
[11] The Blackheath Connection, a website book by Dan Byrnes, chap 16, 17, 20, 21, 26, 28, 32, 34 http://www.danbyrnes.com/au/blackheath
[12] Dr Randolph's Vestry Book, cité par [6]
[13] Fayette County Iron Furnace, par Richard Parks, http://www.home.earthlinks.net/~r2parks/Fay.html (à conf)
[14] Modernism in fabric : art and the Tirocchi textiles, par Susan Hay, museum of art, Rhode Island school of design, http://tirocchi.stg.brown.edu/essays/print/hay_fabric.html
[15] 34th Congress 1st session, HR455 (july 19, 1856), Library of Congress
Autre source bibliographique non explorée :
Librairie du Congrès, John Holker Papers, 40 volumes
Librairie de l'Université de Virginie, à Charlottesville, Personnal Papers, Microforms, Holker, John. Papers, 1777-1822, 20 rouleaux de microfilm, cote Micfilm 1386
Ministère des Affaires étrangères, dossier de personnel, 1ere série, vol. reliés n° 39
site web de O. Payenville
Portrait : John Holker vers 1818 par Gilbert Stuart, propriété des descendants de Prescot Huidekoper (voir page sur la descendance américaine de John Holker), suite à la vente aux enchères des 19/20 aout 2000 à Portsmouth, http://maineantiquedigest.com/articles/por1100.htm
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