John Holker

John Holker est né à Stretford (près de Manchester, Angleterre) le 14 octobre 1719, dans une famille catholique et loyaliste dévouée à la dynastie Stuart. Son ancètre Alexandre Holker avait reçu du roi Jacques VI d'Ecosse le titre d'Ecuyer, accompagné d'une terre et d'un château situés dans le comté de Lancaster, qui fut confisqué lors de la guerre civile en 1649. Le père de John Holker fut également dépouillé de ses biens pour avoir soutenu en 1715 Jacques III d'Angleterre et menait depuis la vie d'un petit gentilhomme campagnard..
Après 1740, orphelin, il s'établit à Manchester avec l'intention de monter une maison pour la fabrication des cotonades. Il se fait engages comme apprenti chez un maitre-fileur de laine et de coton. Les étoffes Anglaises bénéficiaient alors d'une avance technologique dans les domaines des métiers à filer, du cardage, du tissage et surtout des apprêts utilisant des calendes de cuivre, qui donnaient aux etoffes un lustre et un brillant inconnus sur le continent et qui en faisaient les plus recherchées d'Europe. Pendant cette période il s'initie également au négoce.
Il se marie conformément aux rites et cérémonies de l'Eglise de Rome, avec Elisabeth Hulton.
En 1745 il rejoint le parti des Jacobites (partisans du prince Charles-Edouard Stuart dans sa révolte contre la couronne d'Angleterre). Il reçoit une commission d'officier et participe à la prise de Derby et aux batailles de Falkirk et de Culloden. Sa tête est mise à prix. Il est arrété en 1746, condamné à mort et emprisonné à la tour de Londres pour y être pendu. Il s'en évade grâce à la complicité de sa femme, qui achète les gardiens.
Il se réfugie d'abord aux provinces-unies (pays-bas) puis à Paris où il est rejoint par sa femme. En mai 1747 il s'enrôle sous le drapeau Français dans le régiment Ecossais d'O'Gilvy. Agréé capitaine à Saint-Omer, il assiste à Lawfeld à la retraite du Duc de Cumberland.
Il démissionne de l'armée et arrive à Rouen en 1749 sur l'invitation de Morel, qui était Inspecteur Général des Manufactures. Il l'accompagne dans ses tournées d'inspection et se propose de fonder à Darnetal une manufacture de velours de coton utilisant des techniques, machines et ouvriers qu'il irait lui-même chercher en contrebande en Angleterre, en bravant l'interdiction d'exportation qui pesait sur ces techniques. Cette proposition rencontre le projet similaire de d'Haristoy, Paynel et Dugard. Elle est acceptée par l'administration de Trudaine et Machault, qui voient là une manière de surmonter l'écueil sur lequel s'étaient déjà brisés des tentatives similaires qui avaient échoué faute de pouvoir disposer en France du savoir-faire des ouvriers Anglais.
Son séjour en Angleterre, financé par une avance du Trésor Royal de 7000 livres, dure d'octobre à décembre 1751. Les métiers sont démontés, dissimulés dans le plus grand nombre de caisses possibles, embarquées à Londres à destination de la Hollande sous le couvert de fausses déclarations dans des navires différents. Vingt-cinq ouvriers sont choisis de préférence catholiques, célibataires (en vue de les marier en France en leur accordant une dot, afin de mieux les y fixer). Une fois en France, ils sont exemptés du droit d'aubaine et les protestants qui se convertissent reçoivent une pension de nouveau converti. Il s'agit de l'une des premières opérations d'espionnage industriel financé officiellement par l'état.
La nouvelle manufacture commençe à travailler en mars 1752, les premières productions commerciales en sortent 6 moix plus tard. Ces locaux s'avérant trop exigus, elle s'étend à Rouen dans le quartier Saint-Sever (rive gauche) grâce aux subsides du duc de Choisene et reçoit le titre de "Manufacture Royale de velours et de draps de coton" par arrêt du conseil d'état du 19 septembre 1752. La société d'exploitation réunissant d'Haristoy, Paynel, Dugard, Boutray et Holker est créée le 26 octobre 1753.
Sur le même site est également créée en 1753 une manufacture de calendes dont Holker devient seul propriétaire en 1763, data à laquelle il la liquide et refait une association avec son cousin Jacques Morris qu'il avait fait venir d'Angleterre pour y travailler depuis le début. Cette manufacture reçoit le titre de "manufacture Royale" le 28 mars 1766.
L'entreprise prospére rapidement : 37 métiers en 1753, 58 métiers en 1754, 102 dans les années 1760 puis 180 dans les années 1770 et 200 dans les années 1780. La production se diversifie : coton, lin, soiries, laine...
Nommé le 15 avril 1755 par Trudaine "Inspecteur Général des manufactures, et principalement de celles qui ont été établies à l'instar des étrangères et des ouvriers étrangers", poste créé spécifiquement pour lui, il réalise avec son fils des tournées dans toute la France et diffuse les outils et mèthodes introduites à Saint Sever, ainsi que celles obtenues ultérieurement car il reste toujours à l'écoute des nouveautés permettant d'abaisser le coût de fabrication. Il est convaincu que des profits importants peuvent être obtenus par une diffusion de masse de produits rendus accessible au plus grand nombre par leur faible prix.
Naturalisé Français en 1766, il obtient une épée d'honneur des Stuart et reçoit la croix de Saint Louis par brevet du 20 septembre 1770 pour ses faits militaires. En 1768 il fonde à Saint Sever la première fabrique en France d'huile de vitriol (acide sulfurique, utilisé dans la préparation des velours de coton) sous la dénomination "Chartel et Cie".
En 1772, son fils importe (toujours clandestinement) d'Angleterre la "Jenny", première machine à filer le coton. Elle sera reproduite en série et vendue par Holker aux fabricants de la région.
Il demande en 1774 la reconaissance de sa noblesse, qui sera effectivement reconnue par lettres royales enregistrées par le parlement de Rouen le 14 aout 1775.
Le 6 novembre 1776, veuf, il se remarie à Rouen avec Marie-Marguerite Thérèse Ribard
Il se retire des affaires vers 1780 dans sa maison de campagne à Montigny, près de Rouen.
Il est sujet à des attaques personelles en 1781, notamment de Roland de la Platière, pour avoir mélangé ses affaires commerciales et sa charge officielle. Ces charges d'Inspecteurs Généraux, issues du Colbertisme mais mal adaptées à l'époque nouvelle, sont supprimées en 1784.
Il est également accusé d'avoir favorisé aux Etats-Unis, via son fils alors Consul de France en Pensylvannie, la diffusion de matériel de fabriques d'état pour soutenir leur effort dans leur guerre d'indépendance. Il donnait ainsi aux américains des outils et méthodes qui avaient fait la fortune de l'industrie du tissage Français, risquant l'apparition ultérieure sur le marché mondial d'un futur concurrent.
Ces relations américaines lui permettent, en juillet 1785, de recevoir chez lui Benjamin Franklin lors de son voyage de retour aux USA et d'organiser en son honneur une grande réception à Rouen avec toutes les notabilités locales.
Le déclin de cet empire industriel arrive avec le traité de commerce de Vergennes, qui institue le 26 septembre 1786 la liberté des échanges entre l'Angleterre et la France. Les produits britanniques, soumis à des droits assez faibles, envahissent littéralement le marché Français. A Rouen, il faut un service d'ordre pour empècher les clients de dévaster les magasins qui vendent des tissus Anglais. Les résultats sont catastrophiques en Haute Normandie pour tous les secteurs d'activité traditionnelle ou industrielle. Le repli progressif de la toilerie n'évite pas le déferlement final de la crise dans la ville même. Les usines même les plus modernes font faillite. Celle d'Holker cesse sa production à la veille de la Révolution, en juillet 1789.
John Holker ne verra pas cette décadence, puisqu'il s'éteint à Montigny le 27 avril 1786, à 65 ans.
Une rue de Rouen porte son nom. ![]()
Bibliographie
"John Holker, manufacturier et grand fonctionnaire en France au XVIIIéme siècle, 1719-1786" par André Rémond, Bibliothèque d'Histoire Economique, Librairie marcel Rivière et Cie, Paris, 1946
"Etudes d'histoire économique, tome III, Holker - Guillibaud et Morris (1752-1791) Manufacture Royale de velours et draps de coto, de Rouen, manufacture d'apprèts à la manière Anglaise" par Pierre Dardel, édité par la Société libre d'émulation du commerce et de l'industrie de la Seine-Inférieure, Imprimerie Lainé à Rouen, 1942
"Une famille française du XIVème au XXème siècle, Etude sur les conditions sociales, la vie et les alliances des Terrasson de Senevas", tome II, par le Baron de Senevas, Paris imprimerie J. Dumoulin, 1939
"Industrial technology transfert between Britain and France in the eighteenth century", par Nadine Smith, NEH2002 summer séminar, University of Masachussetts Darthmouth. http://www.umass.edu/ir/nehsemf.html
"Histoire de Rouen", collection "Univers de la France", série "Histoire des villes", Privat Editeur, 1979
Retour à l'entrée de la galerie des célébrités
Retour à l'entrée de la galerie thématique
Retour à la section généalogie
Me laisser un courriel
Page décorée grâce à patswebgraphics