Nécrologie de Emile Perrein (1892-1966)

Frère de Raymond Perrein (Sosa 6)

Parue dans le Courrier de l'Ouest, 3-4 septembre 1966

 

M. Emile Perrein est mort hier en sa calme demeure de la rue des Fours-à-chaux, des suites d'une nouvelle attaque cardiaque qui ne paraissait pas devoir être plus grave que les précédentes. Le médecin traitant aussitôt appelé alla chercher du sérum; à son retour le malade était dans le coma. C'est un Angevin très connu et aimé de tous qui disparaît.

Saumurois d'origine, il avait commencé par être pharmacien. Puis il fit des études de droit et s'inscrivit au barreau d'Angers. Elu en 1932 député d'Angers-Ville, il fit preuve au cours de ses différents mandats d'une conscience et d'un dévouement qui peuvent être donnés en exemple. Homme scrupuleux à l'extrême, ses anciens collègues au Palais Bourbon ont pu apprécier la délicatesse de sa sensibilité. Il était estimé et aimé de tous.

Inscrit au Parti Radical, il était Républicain au beau et profond sens du mot. Aucunement sectaire, il se montrait accueillant aux idées aussi bien qu'aux Hommes. Il eut certes des adversaires politiques mais fit toujours preuve envers eux de courtoisie, de compréhension et souvent de déférence. Quand son état de santé lui fit obligation de renoncer à plaider, il se retira à l'écart des bruits de la ville, mais il continua à s'intéresser à l'activité de la cité: notamment à la vie culturelle et artistique angevine. Il avait contribué à sauver la société des concerts populaires comme l'a rappelé maxime Belliard dans un article que nous avons publié il y a quelques jours. Son ami Jean Mistler, aujourd'hui académicien et alors secrétaire d'état aux beaux-arts s'était laissé convaincre et avait accordé une subvention qui permit d'éviter le danger. Epris non seulement de musique mais de peinture, il pratiquait lui-même et s'appliquait à établir des copies très fidèles des chef-d'oeuvres qu'il aimait. Ce travail l'aidait, disait-il, à mieux pénétrer la pensée directrice et les détails d'exécution.

La philosophie exerçait sur lui comme ç'avait été le cas pour son ami M. Jean Peyret, un attrait tout spécial. Il lisait beaucoup, écoutait attentivement les émissions de France-Culture, découpait certaines chroniques des journaux, en particulier du "Monde", notait ses réflexions personnelles, constituait des dossiers. Souvent il décrochait le téléphone ou rédigeait des lettres pour défendre des causes qui lui tenaient à coeur. Il adressa à André Malraux une éloquente plaidoirie en faveur du maintien au plafond de l'Opéra des fresques de notre compatriote Lepneveu. Il ne contestait pas le talent de Chagall mais faisait justement observer que cer atr assez particulier ne s'accordait pas du tout au style du Palais Garnier.

Très cultivé et même érudit, il aimait se reporter aux sources et le matin même de sa mort il tint à vérifier le contenu des accords de Genève dans un gros ouvrage que notre confrère Rouanet a consacré à Pierre Mendès-France.

Emile Perrein était surtout et aussi infiniment bon. Combien de dossiers furent plaidés par lui sans qu'il fût question d'honoraires ! Combien de démarches effectuées dans les administrations pour signaler des cas dramatiques ou navrants ! "Bonté, gentillesse, simplicité" écrivait à son sujet Roger Moisdon. Maxime Belliard salua dans son article les dons du peintre et du musicien, l'existence harmonieuse d'un sage entre les sages et "l'accord consonant des goûts, des couleurs et des sons" qui caractérisait cet humaniste ayant la discrétion de son savoir.

Ajoutons que cet ancien combattant valeureux était blessé de la guerre de 1914 et Croix de Guerre avec citation. Cependant s'il s'était conduit héroïquement à la guerre il en aimait d'avantage la paix. Il portait intérêt à toutes les campagnes du "Courrier de l'Ouest' mais avait encouragé de façon très particulière celle qui s'achève aujourd'hui !

L'ancien député d'Angers qui fit aboutir plusieurs réformes législatives d'importance, l'avocat au grand coeur, l'ami incomparable ne sera point oublié en Anjou.

A ses enfants et à Mme Travaillé sa soeur, nous adressons nos très sincères condoléances.

 

(Nota : l'article cité est "Dialogue avec M. Emile Perrein sur le passé et l'avenir de la société des concerts populaires", paru dans le Courrier de l'Ouest du 30/8/1966)

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