Monsieur de Collasson,
Lieutenanr au 14éme Régiment de Dragons, fût
nommé Capitaine au 42éme Régiment d'Infanterie
au printemps de l'année 1915.
Homme d'un grand courage, et
d'une haute valeur morale, le Capitaine de
Collasson était dans toute l'acception du terme
un "brave homme" et un "homme
brave". Ainsi se résigna t'il avec la plus
grande soumission à sa nouvelle fonction,
quoiqu'il lui en coutât beaucoup d'abandonner
ses "chers Dragons". Mais Monsieur de
Collasson était avant tout un homme de devoir,
et il se mit aussitôt à apprendre son nouveau
métier de capitaine d'Infanterie, avec l'idée
de servir mieux et plus utilement sa patrie.Sa
haute distinction et sa charmante affabilité le
firent bientôt remarquer et estimer de tous. Il
fut bientôt adoré de ses hommes qu'il traitait
avec la plus grande bonté et il sut en faire une
troupe d'élite qui se distingua en plusieurs
combats.
Pendant plusieurs mois il demeura
face à l'ennemi dans le secteur de Vingré, sur
le plateau de Nouvron. Puis vint l'époque de la
grande offensive française... et au mois de juin
le capitaine de Collasson participa à l'attaque
de Quennevières où son rôle mérite d'être
mentionné. Il fut chargé de soutenir avec sa
compagnie l'attaque des zouaves et des
tirailleurs et finalement dut contre-attaquer
dans la nuit du 14 au 15 juin pour reprendre un
élément de tranchée repris par l'ennemi sous
un ouragan de mitraille, Monsieur de Collasson
sortit avec deux hommes de la tranchée pour
donner l'exemple à sa Compagnie. Ayant eu la
visière de son képi coupée par une balle et
ayant vu les deux hommes qui le suivaient tomber
à ses côtés... il n'en continua pas moins à
diriger l'attaque avec le plus grans sang-froid
et la plus belle énergie.
Sa belle conduite en cette
occasion lui valut les compliments du colonel
Nyessel et une citation à l'ordre de la 14éme
Division.
Dans la suite Monsieur de
Collasson participa à la préparation de la
grande offensive de Champagne et fut tué
bravement à la tête de sa Compagnie qu'il
menait à l'assaut des lignes ennemies le 25
septembre 1915 à 9h15 du matin.
Monsieur de Collasson était non
seulement un officier remarquablemais aussi un
des "derniers gentilhommes de France"
comme se plaisait à l'appeler l'auteur de ces
lignes.
Avant tout et par dessus tout il
était d'une piété remarquable et donnait à
tous l'exemple d'une vie honnète et sans tâche.
Mais pour un de ses camarades
avec lequel il était plus lié à cause
d'affinités de race et de caractère, il se
révelait un père admirable... l'idée de ses
enfants suffisait à en faire un héros. Quelques
heures avant sa mort, il disait :
"qu'importe si je suis tué pourvus que
"mes pauvres chéris" sachent que leur
père à fait son devoir jusqu'au bout".
Par moment les fatiques physiques
et morales lui amenaient quelque
découragement... et toujours il se reprenait en
disant : "je ne veux pas que mes enfants
aient à rougir de leur père". Il aimait à
parler de "ses petits" et montrait avec
amour les photographies de sa femme et de ses
enfants qu'il portait toujours sur lui.
Il parlait souvent de sa
propriété qu'il aimait, des changements qu'il
voulait y faire, et à chaque instant, dans la
conversation revenaient les noms de Mme de
Collasson et de ses enfants
Il aimait aussi beaucoup monter
à cheval, et souvent nous chevauchions ensemble,
parlant de ce Bourbonnais que nous connaissions
tous deux et qu'il aimait tant.
Quelques jours avant l'attaque,
le Capitaine de Collasson devint plus soucieux et
souvent cette phrase revenait dans sa bouche :
"Ma pauvre femme, mes pauvres enfants, que
Dieu les protège". La veille de l'attaque,
le 24 septembre, il communia au camp de Suippes,
et dans la nuit du 24 au 25 il confia à celui
qui le regrettera toujours les tristes
pressentiments qui l'agitaient... lui
recommandant de penser à sa femme et à ses
enfants s"il lui arrivait malheur.
Dieu a voulu rappeler à lui
cette belle âme. Puisse sa mort servir d'exemple
à ses descendants ! C'est la dernière volonté
de celui qui est tombé en héros pour la France
et pour soutenir le renom de sa race.
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