Stéphane de Collasson (1877-1915) [10]

Photos de sa campagne 1914-1915

Sa sépulture au mémorial de Suippes

extraits d'une lettre du Comte de Fleurieu, Lieutenant au 42éme d'Infanterie, datée du 29 novembre 1915

Monsieur de Collasson, Lieutenanr au 14éme Régiment de Dragons, fût nommé Capitaine au 42éme Régiment d'Infanterie au printemps de l'année 1915.

Homme d'un grand courage, et d'une haute valeur morale, le Capitaine de Collasson était dans toute l'acception du terme un "brave homme" et un "homme brave". Ainsi se résigna t'il avec la plus grande soumission à sa nouvelle fonction, quoiqu'il lui en coutât beaucoup d'abandonner ses "chers Dragons". Mais Monsieur de Collasson était avant tout un homme de devoir, et il se mit aussitôt à apprendre son nouveau métier de capitaine d'Infanterie, avec l'idée de servir mieux et plus utilement sa patrie.Sa haute distinction et sa charmante affabilité le firent bientôt remarquer et estimer de tous. Il fut bientôt adoré de ses hommes qu'il traitait avec la plus grande bonté et il sut en faire une troupe d'élite qui se distingua en plusieurs combats.

Pendant plusieurs mois il demeura face à l'ennemi dans le secteur de Vingré, sur le plateau de Nouvron. Puis vint l'époque de la grande offensive française... et au mois de juin le capitaine de Collasson participa à l'attaque de Quennevières où son rôle mérite d'être mentionné. Il fut chargé de soutenir avec sa compagnie l'attaque des zouaves et des tirailleurs et finalement dut contre-attaquer dans la nuit du 14 au 15 juin pour reprendre un élément de tranchée repris par l'ennemi sous un ouragan de mitraille, Monsieur de Collasson sortit avec deux hommes de la tranchée pour donner l'exemple à sa Compagnie. Ayant eu la visière de son képi coupée par une balle et ayant vu les deux hommes qui le suivaient tomber à ses côtés... il n'en continua pas moins à diriger l'attaque avec le plus grans sang-froid et la plus belle énergie.

Sa belle conduite en cette occasion lui valut les compliments du colonel Nyessel et une citation à l'ordre de la 14éme Division.

Dans la suite Monsieur de Collasson participa à la préparation de la grande offensive de Champagne et fut tué bravement à la tête de sa Compagnie qu'il menait à l'assaut des lignes ennemies le 25 septembre 1915 à 9h15 du matin.

Monsieur de Collasson était non seulement un officier remarquablemais aussi un des "derniers gentilhommes de France" comme se plaisait à l'appeler l'auteur de ces lignes.

Avant tout et par dessus tout il était d'une piété remarquable et donnait à tous l'exemple d'une vie honnète et sans tâche.

Mais pour un de ses camarades avec lequel il était plus lié à cause d'affinités de race et de caractère, il se révelait un père admirable... l'idée de ses enfants suffisait à en faire un héros. Quelques heures avant sa mort, il disait : "qu'importe si je suis tué pourvus que "mes pauvres chéris" sachent que leur père à fait son devoir jusqu'au bout".

Par moment les fatiques physiques et morales lui amenaient quelque découragement... et toujours il se reprenait en disant : "je ne veux pas que mes enfants aient à rougir de leur père". Il aimait à parler de "ses petits" et montrait avec amour les photographies de sa femme et de ses enfants qu'il portait toujours sur lui.

Il parlait souvent de sa propriété qu'il aimait, des changements qu'il voulait y faire, et à chaque instant, dans la conversation revenaient les noms de Mme de Collasson et de ses enfants

Il aimait aussi beaucoup monter à cheval, et souvent nous chevauchions ensemble, parlant de ce Bourbonnais que nous connaissions tous deux et qu'il aimait tant.

Quelques jours avant l'attaque, le Capitaine de Collasson devint plus soucieux et souvent cette phrase revenait dans sa bouche : "Ma pauvre femme, mes pauvres enfants, que Dieu les protège". La veille de l'attaque, le 24 septembre, il communia au camp de Suippes, et dans la nuit du 24 au 25 il confia à celui qui le regrettera toujours les tristes pressentiments qui l'agitaient... lui recommandant de penser à sa femme et à ses enfants s"il lui arrivait malheur.

Dieu a voulu rappeler à lui cette belle âme. Puisse sa mort servir d'exemple à ses descendants ! C'est la dernière volonté de celui qui est tombé en héros pour la France et pour soutenir le renom de sa race.

 

Lettre de J. Carmellino, datée du 7 mai 1916

Madame, Je désirais depis longtemps connaître votre adresse lorsque le hasard me fit rencontrer l'autre jour un de mes anciens soldats que vous connaissez aussi puisqu'il fut longtemps un des soldats du cher et regretté Capitaine de Collasson. Ce soldat se nomme Reiniche Georges. Dans les quelques instants d'entretien que nous eûmes il fut souvent question de notre Capitaine et ce fut lui qui me donna votre adresse.

Je viens donc vous parler un peu du cher disparu dont j'ai pleuré la mort dès que je l'eus apprise. Du mois d'avril au mois de juin j'eus le bonheur d'être sous les ordres du Capitaine de Collasson en qualité de Lieutenant et j'eus vite fait de l'estimer et de l'aimer.

J'ai su apprécier ses qualités de chef énergique en même temps que bon pour ses hommes et surtout ses qualités de chrétien et de catholique pratiquant puisque je suis moi-même séminariste.

Je le vis souvent s'approcher des sacrements avec une piété qui faisait l'admiration de tous. Dans les moments de danger il avait toujours son chapelet à la main. et c'était en même temps un héros. J'étais avec lui à Quennevières, à cette fameuse attaque qui lui valut une belle citation et sa mort glorieuse est un digne couronnement d'une vie bien remplie. Aussi, madame, ne le pleurez pas. La mort du champ de bataille est un martyr qui conduit droit au ciel. Heureux sont ceux qui en sont jugés dignes et quu comme votre mari meurent en héros et en chrérien.

J'ai moi même été blessé à cette fameuse affaire Champagne et suis encore à l'hôpital, mais je vais mieux et espère guéri.

J'ai retrouvé dans mes nombreuses photos quelques clichés représentant le cher capitaine. Je me fais un plaisir de vous les envoyer.

Veuillez croire, madame, ...

Photos de sa campagne 1914-1915

Sa sépulture au mémorial de Suippes

monument aux morts dans l'église de Palluau (Indre)

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